Devenir mère, un acte profondément social

« Regards sur le passé » de Yvonne KNIEBIEHLE

En tant que parent, nous nous interrogeons parfois sur la manière dont nous influençons la manière dont nos propres enfants seront eux-mêmes parents… Devenir mère, devenir père est souvent perçu comme un acte privé, que l’on vit pour soi. Alors que c’est acte fondamentalement social, ancré dans notre histoire familiale et plus encore au coeur de l’histoire de nos socidevenir-mere-regards-sur-le-passe-001étés.

Yvonne KNIEBIEHLE dans « regards sur le passé » nous raconte comment l’évolution des rapports sociaux a influencé notre construction en tant que maman. Alors que le « devenir mère » est de plus en plus perçu comme ne faisant qu’un avec le devenir père, ce regard historique nous montre que de tout temps, ils ont été des processus complexes et distincts.

Les sociétés pré-industrielles

Sous l’ancien régime, devenir parent, c’était obéir à trois sortes de traditions qui n’étaient pas toujours cohérentes :

La tradition rurale : la fécondité est perçue comme naturelle et nécessaire. La survie de l’espèce à long terme paraît précaire (en raison des disettes et de grandes pandémies) et féconder c’est se conformer au rythme de la nature. La sagesse rurale confond d’ailleurs la fécondité de la femme et celle de la terre. Le corps de la femme est vu comme un lieu de passage, rythmé avec les saisons, qui fait mûrir ce qui pousse en elle. La femme est beaucoup plus mère que l’homme n’est père, dont l’intervention est seconde, voire secondaire. Enceinte ou jeune mère, la femme est soumise à des comportements et des rites qui doivent lui permettre de protéger son « fruit » et l’écarter de l’animalité une fois né. Ces pratiques étaient transmises de femme à femme, une jeune maman était rarement laissée seule.

Le droit romain: à cette écologie primitive, s’ajoute des préoccupations de plus en plus en forte de faire société. Les enfants sont élevés au service de la cité, sous la pleine puissance paternelle. L’homme devient père lorsqu’il accepte de prendre soin des enfants qu’il reconnaît. Le recours à des nourrices pour l’allaitement, donnant le sentiment qu’ils redoutaient l’emprise de la mère sur le nourrisson.

La culture chrétienne :  deux notions nouvelles viennent se superposer, le monothéisme et la valorisation de la chasteté. Ceux qui procréent n’ont pas à se glorifier mais à méditer sur leur charge. Avec le baptême, la communauté chrétienne se retrouve collectivement responsable de tout enfant qui naît. On devient parent sous le regard des proches et des voisins. Les jeunes parents peuvent compter sur leur appui, mais en retour subissent aussi leur contrôle.

Dans les demeures paysannes, le père avait un rôle pendant la naissance : il préparait le feu, tenait la bougie, faisait chauffer de l’eau. Dans les régions d’élevages, où les hommes aidaient les bêtes à mettre bas, ils étaient capables d’une aide compétente. Il faut tenir compte de la promiscuité qui rendait de toutes les manières l’ensemble de la famille très complice de ce que la femme enceinte vivait. Toute la famille se serrait autour du même feu et du même pot. Les plus grands s’occupaient des plus petits et apprenaient, par l’exemple et la pratique, comment devenir père ou mère.

La modernité

La modernité c’est l’avènement progressif de l’individu, qui se dégage des liens anciens et se sert d’eux (au lieu de leur être asservi). Les droits de l’homme mettent entre parenthèse les droits de dieu. L’individu est un sujet responsable, l’enfant prend valeur en soi.

Aux côtés de ces facteurs idéologiques, des facteurs économiques viennent façonner la société : la croissance urbaine accélérée favorise l’anonymat et le déclin des petites communautés. Dans les grandes villes, les familles se recentrent sur leur intimité. Le droit à la vie privée est proclamé.

La procréation s’inscrit dans ces nouvelles données. On n’enfante plus par soumission aux intérêts de l’espèce, ni par obéissance aux lois divines, mais de plus en plus pour perpétuer et glorifier une famille : les enfants devront réussir mieux que leurs parents.

C’est aussi l’ère du progrès technique et progrès social. Le père s’éloigne du foyer pour aller travailler, mais en même temps gagne en autorité : son travail est bientôt plus valorisé que sa responsabilité éducative.

Dans le même temps, un étrange obscurantisme s’abat sur la sexualité. Aux filles on dissimule les réalités biologiques du mariage et de l’enfantement, comme si la reproduction humaine devenait honteuse.

A la campagne, les filles voyaient les bêtes s’accoupler, mettre bas et allaiter. En outre, leur simple vécu familial leur révélait leur devenir-mère. Le repli citadin sur la vie privée et la réduction des naissances réduisent ces modes d’information. Et rien ne les remplace. Les filles deviennent « innocentes » en même temps qu’on les dotes d’une nouvelle charge : celle d’être une « bonne mère ».

L’amour maternel prend soudain beaucoup d’importance. S’il avait toujours existé, jamais il n’avait été élevé comme valeur d’une civilisation. Il était tacite, on n’en parlait pas. Le modèle de la « bonne mère », vouée aux tendres soins des corps et des cœurs, va se développer, et sécularise l’amour pur et parfait de la Sainte Vierge.

L’amour maternel devient le centre de l’identité féminine et fait l’objet d’une célébration lyrique. La valorisation de ce rôle a permis l’émergence de nouveaux métiers pour les femmes : au nom de leur spécificité, les femmes ont appris à gérer des crèches et des dalles d’asile, elles ont obtenu le droit de faire des études de médecine pour soigner les autres femmes et les enfants, elles sont devenues assistantes sociales. C’est le temps d’une nouvelle socialisation du devenir-mère.

Les sociétés ultra-modernes devenir-mere-regards-sur-le-passe-004

Les parents « modernes » ont été conditionnés par les droits de l’homme et la révolution industrielle. Les parents « ultra modernes » se transforment au cours du XXème siècle sous l’effet de l’Etat providence et du culte de la science. La démarche nataliste d’après guerre était une réponse à un fléau national. La croisade sanitaire s’est superposée à cette inquiétude démographique, en même temps que s’accélérait le développement des connaissances scientifiques. Petit à petit, on devient parent sous le regard de spécialistes, de plus en plus savants. A mesure que progressait la maitrise de la fécondité, la stérilité devenait inacceptable.

Le refus d’enfant s’est accompagné d’un désir exacerbé, justifiant encore un peu plus que l’on remette la grossesse entre les mains de spécialistes. 

Et puis les rôles se recomposent. Depuis longtemps maintenant, les femmes sont entrées massivement dans le salariat. Un nouveau modèle de père émerge, davantage présent, à qui, en plus de son rôle propre, on découvre des qualités équivalentes à la mère : il lange et pouponne avec plaisir. Sans craindre la confusion des sexes : car les gestes du père, plus vifs, plus ludiques, sont différenciés de ceux de la mère et l’enfant ne s’y trompe pas.

Le devenir-mère n’a pas été aussi bien reconstruit. Il reste emprunt d’ambivalences. Les spécialistes et maintenant les journalistes et auteurs sont unanimes : les jeunes mères sont pour la plupart durement « stressées ». Elles veulent le meilleur pour cet enfant qu’elles ont choisi. Elles doivent être à la hauteur du mot d’ordre généralisé : savoir concilier, alors que dans le même temps la pression économique n’aide pas à les jeunes mamans à trouver un équilibre entre les différents rôles qu’elles souhaiteraient jouer, voire les contraints à choisir leur camp (mère présente/absente, réussite professionnelle/personnelle, épouse attentive/autonome).

Mais pourquoi choisir ? Etre maman n’est-ce pas justement refuser ces catégories et construire tout simplement son histoire personnelle ?

Comment pouvons-nous aider nos filles ? Que devons nous leur dire ? Que pouvons nous leur transmettre avec ou sans mots ? Avec peut-être dans l’idée de faire évoluer doucement la manière dont notre société façonne le devenir-femme de nos filles. Nous participons aujourd’hui à l’évolution de la conception de la féminité pour nos filles et les générations suivantes. Qu’en pensez-vous ?

 

Anne et Géraldine

Naissanciel – Accompagnement à domicile des futurs et jeunes parents
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