Pourquoi j’ai lâché mon bébé à sa naissance

peau à peau accouchement naturel physiologique douleur peurLe « peau à peau »  un incontournable de la naissance

Si vous suivez ce blog c’est que vous êtes déjà sensibilisé(e) à l’importance des premiers contacts à la naissance de nos bébés. 

Vous avez certainement tous vu des videos ou fait l’expérience du « peau à peau » si valorisé aujourd’hui dans les maternités : dès que le bébé naît, le bébé est déposé sur le ventre de sa maman et, dans le meilleur des cas, l’équipe médicale laissera la petite famille faire connaissance pendant les premières heures. Vous avez déjà peut-être lu Michel Odent qui nous raconte combien le petit de l’homme est un mammifère programmé pour s’attacher à la personne qui va assurer sa survie, en faisant passer ses besoins en priorité. Vous avez peut-être entendu parlé du protoregard, ce premier échange entre maman et son bébé, yeux dans les yeux. Quelle intensité ! Quelle beauté !

Comme si tout était fait pour que les parents tombent en amour avec leur bébé à l’instant même de sa naissance, et ainsi s’attachent à lui pour toujours. 

Je me souviendrais toujours du regard de ma première fille à sa naissance. C’est un des moments les plus forts de ma vie.

Pour moi, ce peau à peau immédiat après la naissance était un incontournable pour qui voulait vivre pleinement la naissance, dans le respect des besoins de bébé. C’est évident ! Quelle autre place le bébé pourrait vouloir ? Dans les bras de sa maman, enveloppé de son odeur et de son regard, n’est-ce pas l’endroit idéal pour s’adapter au monde dans lequel il vient de naître ? 

Il n’y avait aucun doute pour moi.

La culpabilité d’avoir raté ce premier moment

Si bien que pour la naissance de mon dernier enfant, lorsque je n’ai pas été capable de soulever mon bébé qui venait de naître et de le tenir dans mes bras, j’ai été confrontée à un sentiment étrange qui m’a surprise et marquée plus que ce que je ne le pensais. Un an et demi après, c’est toujours présent. 

Cela peut paraître anecdotique à certains.

Lorsque à genoux, la sage-femme m’a dit « prend ton bébé regarde il est là », mes bras tremblaient tellement que j’ai eu peur de le lâcher. J’ai dit « je ne peux pas » et je l’ai tendu à quelqu’un. Oui à « quelqu’un ». Je ne sais même plus à qui ! Ca pouvait très bien être son père ou la puéricultrice ou quelqu’un qui passait par là ! Je n’ai pas été capable de tenir mon bébé et je lai confié à la 1ère personne venue ! Voici l’impression qui me reste ! 

Bien sûr je me suis très vite allongée et on m’a rendu mon bébé. Je l’ai gardé en « peau à peau » ensuite pendant plus de deux heures…j’avais accouché naturellement, mon bébé allait bien, j’avais tout pour être une maman comblée. 

Oui, je suis une maman comblée, mais une maman qui garde en elle cet échec et cette question : pourquoi je n’ai pas été capable de prendre mon bébé, le serrer contre moi, pour le protéger, lui montrer que je suis là ? 

Cette interrogation j’aurais pu la garder longtemps je crois, comme une faiblesse originelle, une fêlure. Moi qui promeut temps la naissance comme un moment fondateur, qui permet aux femmes de vivre leur puissance et leur force.

Mais j’ai rencontré Karine La Sage-femme. 

L’approche quantique de la naissance m’a libérée de ce poids

L’approche que Karine m’a transmise fait de la naissance un évènement normal et secure, où la femme qui accouche doit quitter la réalité et entrer dans une graduation d’états modifiés de conscience. Ce chemin, au plus profond de soi, Karine le dessine comme un tornade qui monte et s’élargit. Un Vortex. Nous traversons différents stades, qu’elle nomme avec des termes évoquant un voyage qui nous mène loin de nous même : embarcation, entre deux mondes, sommet, etc. 

Et de ce voyage, nous avons besoin de temps pour en revenir et réintégrer la réalité. 

Elle met particulièrement en évidence cette phase de « retour », que je n’avais jamais appréhendée de cette manière. Même si en y pensant maintenant cela paraît évident : une femme qui enfante peut avoir besoin de quelques secondes ou quelques minutes (voir davantage !) pour reprendre ses esprits et avoir le désir de porter son regard et ses mains sur l’enfant qu’elle vient de faire naître. 

Dans sa pratique, Karine nous apprend que lorsque le bébé naît et que la maman l’attrape, très souvent son réflexe est de le poser devant elle (il faut dire que sans péridurale, la femme est souvent accroupie, à genoux ou à quatre pattes). Elle le frictionne, jette sur lui un oeil vif (on imagine pour vérifier que tout va bien) et ne le prend contre elle que quelques minutes plus tard (ou plus rapidement si elle constate un problème et souhaite frictionner son enfant un peu plus vivement contre elle). Si c’est Karine qui attrape le bébé, elle le dépose systématiquement entre les jambes de la mamans, parfois un peu derrière elle donc. Et elle se retire. Pas de « oh regarde il est là ton bébé ! Qu’il est beau ! Félicitations ! Tu y es arrivée ! » . Non pas un mot. Elle pose le bébé et se retire de la scène. 

Non seulement c’est logique, mais en plus c’est bénéfique voir physiologique

Karine, elle sait que la maman a besoin de quelques minutes pour redescendre de la tempête qui l’a envahie pour faire naitre son enfant. Elle sait que la maman n’a jamais été aussi gorgée d’ocytocine dans sa vie qu’à ce moment là, et que cette ocytocine est destinée à son bébé et non à la sage-femme ou au médecin qui traditionnellement trône entre les cuisses écartée de la femme « si reconnaissante ». 

Karine sait que après quelques instants ELLE va chercher son bébé du regard, ELLE va le trouver, l’envelopper de son regard, ELLE va le toucher et y déposer ses microbes, ELLE va le recouvrir d’une couverture (déposée délicatement par Karine à portée de main) une fois qu’elle aura pu inspecter son bébé d’un coup d’oeil. Et, éventuellement, ELLE prendra son bébé et le serrera contre elle. Tout cela sous le regard époustouflé et plein d’amour du partenaire, qui va participer en protégeant la scène, dirigeant lui aussi son ocytocine vers sa femme et son enfant. 

Avec les données récentes sur le clampage tardif du cordon, on peut penser aussi que cela est bénéfique pour le bébé de rester quelques secondes en « dessous » du ventre, pour qu’il récupère plus vite le 1/3 de son sang dont il serait privé si on coupait le cordon immédiatement. 

Laisser le bébé et la maman tranquilles à ce moment précis est de même assez essentiel pour permettre à la naissance de s’achever. Et oui ce n’est pas fini ! La femme a besoin de calme et de confiance pour faire naître son placenta (sans hémorragie).

Karine nous montre plusieurs videos de ces naissances, et je me sens immédiatement traversée par un sentiment immense de soulagement (toutes ces femmes ne prennent pas leur bébé dans les bras à la seconde où il naît!) et en même temps par une grande amertume : on ne m’a pas laissé le temps de découvrir mon bébé à mon rythme.

J’aurais aimé être celle qui décide de toucher, d’essuyer, d’envelopper ou de prendre son bébé. J’ai eu un accouchement physiologique, en toute autonomie, mais j’aurais aimé qu’on me laisse vivre aussi ces tous premiers instants à ma manière, et non selon un protocole établit.

ET plus encore, l’approche quantique de la naissance rend aux femmes un droit simple : regardez, admirez, touchez, frottez, sniffez, portez votre nouvelau né à votre rythme et selon vos intuitions ! 

Je reste convaincue que la norme du peau à peau reste un progrès considérable car il force l’équipe médicale à « rendre » le bébé à ses parents dès sa naissance et à le laisser « atterrir » à l’endroit le plus secure et le plus accueillant pour lui dans un environnement hospitalier : le ventre de sa maman. Mais je rêve d’un jour où on ira encore plus loin, où l’on considérera que les femmes sont capables d’enfanter avec leur puissance, avec une surveillance médicale juste nécessaire (mais pas en premier plan). 

Ce rêve touche plusieurs moments pendant le travail et l’expulsion, mais avec Karine La sage-femme j’ai découvert qu’il concernait aussi le moment précis où le bébé naissait. Je pensais que le « peau à peau » était une formidable issue qui apportait beaucoup de douceur, y compris après un accouchement difficile. Aujourd’hui je sais qu’on peut faire mieux. Le « peau à peau », aussi doux soit-il, me semble être devenu une forme de protocole, qui ne donne pas entièrement le pouvoir aux femmes.

Laissons les femmes faire, en les soutenant. Laissons les reprendre leur souffle, pleurer, crier, regarder, admirer, toucher, frotter, sniffer et prendre leur bébé lorsque cela leur semble juste à elle !

La responsabilité des soignants n’est-elle pas de s’assurer que les conditions sont réunies pour que tout se passe bien, et ensuite, de laisser les processus instinctifs se mettre en oeuvre ? La manière dont je décide de toucher et de prendre mon bébé à sa naissance en fait définitivement partie.

Qu’en pensez-vous ?

Anne

Naissanciel – Accompagnement à domicile des futurs et jeunes parents
Découvrez ce qu’on peut faire pour vous avant et après la naissance !

Crédits photo : James Theophane

 

2 Commentaires
  1. Evrard Catherine 2 semaines Il y a

    Et si l’accouchement nécessite une césarienne? Même prévue et effectuée sans stress sous péridurale. Je n’ai pas pu porter mon bébé sur moi. Je l’ai vu quelques secondes… il fait froid dans la salle. Par la suite… il a disparu!… on ne l’a pas placé à côté de moi en salle de réveil… Et quand je me suis inquiétée de savoir où il etait on m’a repondu qu’on l’avait déjà emmené dabs ma chambre … seul! J’ai alors envoyé son papa auprès de lui. Et effectivement, l’attachement a été difficile et c’est terriblement culpabilisant pour une maman. C’était en 1991… j’en ai parlé avec ma fille et pourtant j’aurai toujours en moi un sentiment de vide et de non accompli.Ce serait donc intéressant me semble t il de réfléchir aussi aux accouchements »exceptionnels » si ce n’est déjà fait.

    • Auteur
      Naissanciel 2 semaines Il y a

      Oui c’est une vraie question ! l’approche quantique de la naissance vise l’accouchement normal et physiologique. Concernant la césarienne, de trop rares maternités réfléchissent à des moyens de la rendre plus « humaine » : on permet au papa d’être là, on demande à la maman de pousser pour aider la sortie du bébé, on baisse le champ pour que la maman puisse entrevoir la sortie du bébé, on apporte une couverture chauffante pour laisser bébé en peau à peau un peu plus longtemps… des petites choses qui changeant beaucoup selon les mamans qui en ont fait l’expérience.

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

CONTACTEZ-NOUS

Et nous vous répondrons au plus vite.

En cours d’envoi

©2018 Naissanciel

Plan de site

Contact

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?